Un vignoble étroit au pied du massif
Le vignoble jurassien s’étire sur environ 80 km le long du Revermont, pour 6 km de large, rappelle le Comité interprofessionnel des vins du Jura (CIVJ). Jura Tourisme le situe de Salins-les-Bains à Saint-Amour, sur les premiers contreforts du massif du Jura. Sa surface est modeste : environ 2 000 hectares selon le CIVJ, 1 850 selon Jura Tourisme, qui rappelle qu’au XIXe siècle, avant le phylloxéra, on y cultivait plus de 40 cépages sur 20 000 hectares. Environ 200 exploitations professionnelles y produisent aujourd’hui des vins tranquilles, effervescents et liquoreux, des mistelles, des marcs et des eaux-de-vie.
L’année 2026 a une saveur particulière : les appellations Arbois et Château-Chalon, reconnues en 1936, fêtent leurs 90 ans. L’INAO rappelle qu’Arbois figure parmi les six premières AOC françaises.
Cinq cépages pour tout comprendre
Deux blancs, trois rouges : la palette jurassienne tient sur une main. Le chardonnay et le savagnin donnent les vins blancs ; le poulsard, le trousseau et le pinot noir, des rouges à la robe souvent claire. Les descriptions du CIVJ (blancs, rouges) aident à les reconnaître.
- Chardonnay : une robe jaune clair, un nez de fraîcheur où se mêlent aubépine, tilleul, pêche et poire.
- Savagnin : le cépage du vin jaune, seul admis à Château-Chalon. Dans les blancs dits « tradition », parfois assemblés au chardonnay, il évoque la noix fraîche, les fruits secs, la noisette, l’amande, voire le comté.
- Poulsard (ou ploussard) : une teinte rouge pastel si claire qu’on le confond parfois avec un rosé, des fruits rouges et noirs sauvages, du sous-bois.
- Trousseau : une robe plus intense aux reflets cerise, des arômes de fraise, de mûre et de prunelle, une touche de poivre blanc.
- Pinot noir : un rouge rubis plus charpenté, souvent assemblé au poulsard et au trousseau.

Sept appellations, deux familles
Le CIVJ distingue quatre appellations « géographiques », Arbois, Château-Chalon, L’Étoile et Côtes du Jura, et trois appellations « produits » : crémant du Jura, macvin du Jura et marc du Jura. Le vin jaune et le vin de paille n’en font pas partie : ce sont des types de vins, produits sous plusieurs appellations géographiques.
Arbois, la pionnière
Reconnue le 15 mai 1936, l’AOC Arbois couvre 12 communes, dont Pupillin, et 766 hectares. Elle produit rouges, blancs, rosés, vin jaune et vin de paille sur des sols marneux typiques du Revermont, et rassemble environ 70 % des vins rouges jurassiens.
Château-Chalon, le vin jaune seul
Sur une soixantaine d’hectares, l’AOC Château-Chalon ne produit que du vin jaune. Son aire couvre quatre communes, Château-Chalon, Domblans, Menétru-le-Vignoble et Nevy-sur-Seille. Les vignes y occupent des pentes très raides, exposées au sud ou à l’ouest, sous des falaises qui emmagasinent la chaleur, sur des marnes bleues. Signe d’exigence, les producteurs ont renoncé à revendiquer l’appellation en 1974, 1980, 1984 et 2001, des récoltes jugées insatisfaisantes, selon le CIVJ.
L’Étoile et les Côtes du Jura
Nées d’un même décret du 31 juillet 1937, elles n’ont pas la même échelle. L’Étoile s’étend sur 67 hectares autour d’un village entouré de cinq collines disposées en étoile ; on trouve aussi dans ses vignes de petits fossiles étoilés, des pentacrines. Le chardonnay y domine, avec le savagnin et un peu de poulsard, notamment pour le vin de paille. Les Côtes du Jura couvrent 551 hectares sur 105 communes, du nord au sud du vignoble ; blancs et crémants y dominent, et c’est la deuxième appellation jurassienne en volume.
Crémant, macvin et marc
Le crémant du Jura, AOC depuis le 9 octobre 1995, impose une vendange manuelle, des raisins transportés en caisses percées et pressés en grappes entières ; il représente environ 26 % de la production AOC du Jura, en blanc comme en rosé. Le macvin du Jura, AOC depuis 1991, associe du moût de raisin non fermenté et un tiers de marc du Jura vieilli au moins 18 mois en fût de chêne ; il vieillit ensuite au moins 10 mois en fût et titre entre 16 et 22 % vol. Le marc du Jura, enfin, est la plus récente des appellations jurassiennes.
Lire le vignoble du nord au sud
Pour s’orienter, Jura Tourisme découpe le vignoble en six destinations. Le vignoble s’ouvre à Salins-les-Bains, ville de la Grande Saline. Vient Arbois, que Jura Tourisme présente comme « la capitale franc-comtoise des vins et du goût » : ville d’enfance de Louis Pasteur (voir notre fiche Maison de Louis Pasteur), elle abrite au château Pécauld le Musée de la vigne et du vin du Jura.
Poligny, où siège l’interprofession du comté, accueille la Maison du Comté : l’occasion d’associer cave et fromage, comme le propose notre article sur la visite d’une fruitière. Plus au sud, les coteaux de la Haute-Seille réunissent Château-Chalon, Baume-les-Messieurs et Blois-sur-Seille, entre reculées, abbayes et grottes. Suivent L’Étoile, les coteaux lédoniens autour de Lons-le-Saunier (Montaigu, Conliège, Perrigny, Vernantois, Chilly-le-Vignoble), puis le Sud Revermont, avec Gevingey, Cesancey, Beaufort ou Maynal, jusqu’à Saint-Amour, porte de la Petite Montagne.
Visiter les caves de façon responsable
Le vignoble du Jura est labellisé « Vignobles & Découvertes » depuis 2011. Les professionnels qui affichent ce label s’engagent sur quatre points : un accueil soigné, des horaires d’ouverture fiables, la transmission du patrimoine et des hommes du vignoble, et l’orientation des visiteurs vers une consommation responsable. Jura Tourisme en recense plus de 130 ; le CIVJ propose de son côté un guide du vignoble téléchargeable (édition 2023) qui réunit cette offre et l’annuaire des domaines.
Sur place, quelques règles simples font la différence. Prévenir avant de passer, puisque chaque domaine fixe ses propres horaires. Désigner un conducteur qui ne boit pas, ou utiliser le crachoir, qui fait partie des usages de la dégustation. Limiter le nombre de caves dans la journée pour garder le palais et l’attention en éveil. En balade, rester sur les chemins et ne pas cueillir de raisin : chaque parcelle représente le travail d’une année.
Le calendrier compte aussi. Chaque premier week-end de février, la Percée du vin jaune célèbre l’ouverture du premier fût du nouveau millésime de vin jaune ; le CIVJ y annonce plus de 45 000 visiteurs par édition. Selon le site officiel, l’édition 2027 se tiendra à Arlay les 6 et 7 février, autour du millésime 2020, avec une billetterie en ligne. Une telle affluence invite à organiser son retour avant même d’arriver.
Petit lexique avant la dégustation
- Sous voile : pendant l’élevage du vin jaune, un voile de levures se développe à la surface et protège le vin de l’oxydation. Le vin reste au minimum six ans et trois mois en fûts de chêne, sans soutirage ni ouillage (CIVJ).
- Ouillage : le fait de compléter un fût pour compenser l’évaporation. Le vin jaune en est précisément privé.
- Clavelin : la bouteille de 62 cl, seule autorisée pour le vin jaune. Ce volume correspond à ce qu’il reste, globalement, d’un litre de jus de raisin au terme du vieillissement.
- Vin de paille : un vin liquoreux issu de raisins séchés au moins six semaines, sur paille, sur claies ou suspendus, pressés entre Noël et fin février, puis élevés trois ans en petits fûts. Il titre de 14,5 à 17 % vol. et peut être produit en Côtes du Jura, Arbois et L’Étoile (CIVJ).
- Mistelle : un mélange de moût de raisin et d’eau-de-vie ; le macvin du Jura en est la version jurassienne, élaborée avec du marc.
Pour prolonger la découverte, la page Jura rassemble nos lieux et itinéraires, notre week-end dans le Jura aide à organiser un séjour, et la rubrique Savourer réunit nos autres sujets gourmands.
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.
Questions utiles
Pourquoi le vin jaune est-il vendu en clavelin de 62 cl ?
Parce qu’un litre de jus de raisin se réduit globalement à 62 cl de vin jaune au terme de son vieillissement sous voile, d’au moins six ans et trois mois. Le clavelin est la seule bouteille autorisée pour ce vin (CIVJ).
Vin jaune et vin de paille, est-ce la même chose ?
Non. Le vin jaune, issu du seul savagnin, vieillit sous un voile de levures ; le vin de paille est un vin liquoreux obtenu à partir de raisins séchés au moins six semaines, puis élevé trois ans en petits fûts (CIVJ).
Sources consultées
- La carte des appellations — Comité interprofessionnel des vins du Jura (CIVJ) — consulté le 17 octobre 2026
- Carte du vignoble — CIVJ — consulté le 17 octobre 2026
- AOC Arbois — CIVJ — consulté le 17 octobre 2026
- AOC Château-Chalon — CIVJ — consulté le 17 octobre 2026
- AOC L’Étoile — CIVJ — consulté le 17 octobre 2026
- AOC Côtes du Jura — CIVJ — consulté le 17 octobre 2026
- AOC Crémant du Jura — CIVJ — consulté le 17 octobre 2026
- AOC Macvin du Jura — CIVJ — consulté le 17 octobre 2026
- Le mystérieux Vin Jaune — CIVJ — consulté le 17 octobre 2026
- Le voluptueux Vin de Paille — CIVJ — consulté le 17 octobre 2026
- Les rouges — CIVJ — consulté le 17 octobre 2026
- Les blancs — CIVJ — consulté le 17 octobre 2026
- Vignobles & Découvertes — CIVJ — consulté le 17 octobre 2026
- Guide du vignoble — CIVJ — consulté le 17 octobre 2026
- La Percée du Vin Jaune — CIVJ — consulté le 17 octobre 2026
- Percée du Vin Jaune — site officiel — consulté le 17 octobre 2026
- Château-Chalon — fiche INAO — consulté le 17 octobre 2026
- Les 90 ans de l’AOP Arbois — INAO — consulté le 17 octobre 2026
- Vins du Jura — Jura Tourisme — consulté le 17 octobre 2026
- Les appellations des vins du Jura — Jura Tourisme — consulté le 17 octobre 2026
- Les 6 destinations du vignoble — Jura Tourisme — consulté le 17 octobre 2026
- Vignobles & Découvertes — Jura Tourisme — consulté le 17 octobre 2026
- Une filière organisée et solidaire — Comité interprofessionnel de gestion du Comté — consulté le 17 octobre 2026
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