Rencontrer · Rencontre imaginaire

Ce que la matière décide

Une courbe, un bord, un objet que l’on a envie de garder dans la main. Avec Lison, artisane inventée pour cette rencontre, le bois devient une manière de parler du dessin, de l’usage et de l’attention.

Rencontre imaginaire : personnage et propos inventés par la rédaction.

« Je dessine une forme, puis la matière entre dans la conversation. »

Lison Orvane

Comment une nouvelle pièce commence-t-elle ?

Souvent par une sensation plutôt que par un dessin très précis. Une coupe que l’on pourrait tenir d’une seule main, une petite boîte que l’on aurait plaisir à ouvrir. J’essaie de comprendre le geste que l’objet va inviter à faire.

Le dessin suffit-il à fixer la forme ?

Il donne une direction. Ensuite, la matière apporte autre chose : une ligne dans le bois, une différence de teinte, une zone que j’ai envie de laisser visible. Je dessine une forme, puis la matière entre dans la conversation. Il faut lui laisser une place sans perdre son intention.

Qu’est-ce qui fait la différence entre une pièce jolie et une pièce juste ?

L’usage. Un objet peut être très réussi sur une photographie et moins agréable quand on le saisit. Je reviens toujours au bord, au poids, à la manière dont la main se pose. Ce sont des choses discrètes, mais on les remarque chaque jour.

Aimez-vous travailler en petite série ?

Oui, parce que la répétition devient une recherche. On retrouve une même famille de formes, avec de petites variations. Cela me plaît davantage que l’idée de fabriquer des objets qui se voudraient parfaitement interchangeables.

Quel regard portez-vous sur les traces du travail ?

Elles peuvent raconter quelque chose, à condition qu’elles aient une raison d’être. Je ne cherche pas à donner artificiellement un aspect brut à une pièce. J’aime simplement qu’elle garde une présence, qu’elle ne paraisse pas complètement détachée de sa fabrication.

Qu’aimeriez-vous que quelqu’un fasse en découvrant votre travail ?

Qu’il prenne le temps de toucher, quand c’est possible. Une photographie montre une silhouette. La main découvre le reste : la courbe, l’équilibre, la douceur ou la résistance. L’objet commence vraiment sa vie à ce moment-là.